Physiologie digestive, la fin des croyances hygiénistes
- Malo

- il y a 1 jour
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Article de physio-anthropologie

Depuis plus d’un siècle, une idée persiste dans certains courants hygiénistes, végan ou frugivores : parce que nous partageons une grande partie de notre patrimoine génétique avec les grands singes, notre alimentation « idéale » devrait être strictement végétale, crue et comparable à celle des autres anthropoïdes.
Pourtant, les observations de terrain — notamment celles de Jane Goodall et d’autres éthologues — montrent une réalité bien différente. Le chimpanzé n’est pas un frugivore strict : c’est un omnivore opportuniste, dont le régime est constitué majoritairement de fruits, complété par des feuilles, graines, écorces, fleurs, mais aussi par une petite proportion de nourriture animale. Il consomme régulièrement des insectes, des œufs, de petits mammifères, parfois des oisillons ou des mollusques. Cet apport animal, bien que modeste, joue un rôle physiologique essentiel dans son équilibre nutritionnel.

Selon cette vision hygiéniste, c’est en consommant exclusivement des aliments « parfaits » que nous pourrions éviter les maladies de civilisation.
L’argument semble logique… en théorie. Mais qu’en est-il lorsque l’on observe la physiologie humaine, notre historique évolutif et les données issues de la nutrition moderne?

Nous ne sommes ni chimpanzés, ni gorilles : une physiologie quelque peu différente
Même si nous partageons plus de 98 % de notre ADN avec le chimpanzé, nos capacités digestives divergent profondément.
Longueur des intestins : un indice clé
L’appareil digestif humain révèle une adaptation très différente :
Intestin grêle :
Humain : ≈ 600 cm
Chimpanzé : ≈ 150 cm
Côlon :
Humain : ≈ 150 cm
Chimpanzé : ≈ 600 cm
Autrement dit, nous avons un intestin grêle proportionnellement bien plus développé, spécialisé dans l’absorption rapide des nutriments (acides aminés, acides gras, glucose).
À l’inverse, les grands singes possèdent un côlon long et volumineux, véritable chambre de fermentation destinée à extraire l’énergie des fibres végétales brutes. Cet intestin très long est particulièrement efficace pour la fermentation des végétaux crus, la dégradation de fibres dures et l’assimilation lente des fruits entiers. Les hominidés non humains possèdent d’ailleurs une flore microbienne hautement spécialisée, adaptée à ce volume massif de fibres végétales — une flore que l’humain moderne ne possède plus dans les mêmes proportions.
Cette différence n'est pas anodine : elle indique clairement que l’humain a évolué vers une alimentation moins riche en fibres dures, plus dense en nutriments, incluant des produits animaux.


Fermentation et putréfaction : des processus physiologiques et non pathologiques
Chez l’humain, la digestion se termine naturellement dans le côlon.
Ces phénomènes sont normaux, tant qu’ils restent modérés. Ils ne sont pas le signe d'une « erreur alimentaire », mais le résultat d’un tube digestif conçu pour une alimentation mixte.
À l’inverse, les herbivores possèdent :
un côlon très long
une flore extrêmement spécialisée
parfois des poches digestives multiples (rumen, cæcum hypertrophié)
ou encore… la capacité à produire de la cellulase, enzyme absente chez l’être humain.
Nous ne digérons pas la cellulose : notre microbiote intestinal peut seulement fermenter une partie des fibres les plus tendres.

Une évolution digestive façonnée par le feu et la nutrition dense
De nombreuses études en anthropologie montrent que l’humain a vu :
son intestin grêle s’allonger,
son côlon se raccourcir,
son cerveau augmenter de volume,
lorsqu’il a commencé à :
consommer plus de viande,
cuire les aliments,
réduire l’apport en fibres structurelles difficiles à dégrader.
La cuisson, en particulier, a joué un rôle décisif : elle augmente la densité énergétique des aliments, réduit leur coût digestif et libère plus de nutriments pour le cerveau et les muscles. L’humain moderne n’est donc pas physiologiquement adapté à une alimentation exclusivement crue ou majoritairement fibreuse, notamment dans les régions froides à tempérées.
L’humain : un omnivore flexible, pas un frugivore spécialisé
Notre système digestif reflète cette flexibilité métabolique :
Il n’existe donc pas une seule « case » alimentaire dans laquelle enfermer l’humain.
Nos besoins dépendent :
de notre génotype,
de notre microbiote,
de notre environnement,
de nos contraintes physiologiques,
de notre mode de vie.
Nous ne vivons plus dans la vallée du Rift ; notre biologie reste la même, mais notre contexte a totalement changé.
Une alimentation naturelle, simple et variée
Depuis des centaines de milliers d’années, l’humain prospère avec une alimentation :
à base de plantes (feuilles, racines, tubercules, fruits),
de fruits au sens botanique (tomates, courgettes, poivrons, olives, noix…),
et de produits animaux, sources d’acides gras essentiels, de vitamines liposolubles et de protéines complètes.
Le plus important n’est pas d’adhérer à une idéologie alimentaire, mais de connaître la physiologie réelle du corps humain et d’adopter une alimentation :
digeste,
adaptée à nos contraintes modernes,
cohérente avec nos besoins biologiques individuels.
Citation :
Voici une citation et un extrait d’un des livres du naturopathe et diététicien Robert Masson "La vérité sur les dérives des régimes alimentaires" reflétant clairement sa position sur la sujet :
"Plus que jamais « fleurissent » des méthodes comme le crudivorisme, le végétalisme, le dissocié générant progressivement des malnutritions graves et parfois fatales… Ce livre se veut une mise en garde (légitime, l’auteur étudie la nutrition depuis plus de 50 années) contre la « beauté » des dogmes alimentaires et la « sérénité » des apprentis nutritionnistes, véritables chants de sirènes vers des abîmes d’où l’on peut ressortir amoindri à tout jamais."
En résumé, pour Robert Masson, les régimes frugivores et crudivores sont des "méga-nuisances" s'ils sont pratiqués de manière excessive ou dogmatique, car ils mettent en péril l'équilibre nutritionnel et la santé à long terme.
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